Cet échantillon de près de 15 cm d’épaisseur, prélevé dans notre marais salant de Sousse, montre comment le sel cristallise au fond des marais salants.
À ce stade, il ne s’agit plus d’une simple accumulation de cristaux déposés au fond du bassin. La croûte saline se comporte presque comme un matériau continu, dont la cohésion résulte de plusieurs mois de croissance cristalline.
Dans les cristallisoirs, la croissance du sel n’est jamais parfaitement uniforme. Certaines zones présentent des vitesses de croissance plus rapides que d’autres sous l’effet des micro-variations de température, de circulation des saumures, de profondeur d’eau ou encore de turbulence induite par le vent.
Au cours de la campagne, les cristaux les plus anciens continuent à croître tandis que de nouveaux germes apparaissent dans les interstices. Progressivement, les vides se comblent, la porosité diminue et la couche saline se densifie.
La structure observée ici est donc le résultat d’une succession de phases de croissance, de dissolution partielle et de recristallisation qui conduisent à la formation d’un ensemble particulièrement compact.
Pour le saunier, l’épaisseur n’est d’ailleurs qu’un indicateur parmi d’autres. La granulométrie, la densité de la croûte, sa régularité et sa capacité à se détacher proprement du fond lors de la récolte renseignent tout autant sur la qualité de la cristallisation obtenue.
Ce bloc représente finalement plusieurs mois d’équilibres physico-chimiques extrêmement fins, enregistrés dans l’architecture même des cristaux.